Site Ouèbe Jehan Alain

Ce site est consacré à la mémoire du compositeur français Jehan Alain (1911-1940) et de sa merveilleuse musique.

La vie et la personnalité des musiciens sont parfois assez rébarbatives et peu liées à leur musique. Mais Jehan Alain eu une vie intense et pleine, aussi brève fut-elle, et sa musique est le reflet direct de sa personnalité riche en contrastes, sachant allier joie, poésie délicate, humour et gravité profonde.

Il ne fait peu de doute que si Jehan Alain avait survécu à la seconde guerre mondiale, son génie aurait éclaté au vingtième siècle comme l'une des personnalités musicales incontournables et marquantes, à l'instar d'un Olivier Messiaen. Il est tentant de faire la comparaison entre ces deux hommes, dont l'un tomba à la guerre, et l'autre la traversa en tant que prisonnier. Deux musiciens, organistes, français et chrétiens, mais dont la musique n'ont rien de deux sœurs jumelles. Deux personnalités uniques, deux mondes sonores authentiques et sincères.

Malgré une vie courte, Jehan Alain laisse une œuvre abondante : plus d'une centaine d'opus. Et si ces pages sont souvent de courtes pièces finement esquissées, on trouve, à l'image de ses Trois Danses pour orgue, quelques œuvres monumentales qui figurent parmi les chefs-d'œuvre musicaux du siècle et qui ne laissent pas la musique de Jehan à l'état de simple promesse comme certains le croient.

Il y a un adjectif qui revient souvent lorsque l'on parle de la musique de Jehan Alain : attachante. Attachante car cette musique parle droit au cœur. Elle ne cherche pas forcément à être belle, même si elle l'est souvent. Elle cherche à dresser un monde sonore en quelques notes avec une sensibilité à fleur de peau. Elle ne ressemble à aucune autre musique d'aucun autre compositeur, elle est l'unique expression d'une âme musicale authentiquement belle. On sera charmé au début par telle jolie mélodie et agacé par telle dissonance, on sera surpris par telle farce humoristique et touché par tel recueillement sincère, impressionné par telle féerie rythmique et déconcerté par tel paysage désolé.

Il est facile, mais toujours aussi troublant, de parler chez Jehan Alain de ces œuvres prémonitoires sur sa tragique destinée. On pense à la bouleversante "Prière pour nous autres Charnels" écrite en 1938 sur un texte de Charles Péguy, lui-même mort lors de la première guerre mondiale : "Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle / Mais pourvu que ce fût pour une juste guerre..." On pense aussi et surtout à cette deuxième des Trois Danses pour orgue, Deuil, sous-titrée par Jehan lui-même "Danse funèbre pour honorer une mémoire héroïque". On retrouve un peu les mêmes prémices intrigantes chez Mahler.

Bernard Gavoty a bien souligné le résumé de la vie d'Alain que propose le programme de ses Trois Danses. "Joies", sa joie chrétienne et sa foi en Dieu, son humour et son enthousiasme en toutes choses. "Deuil", la terrible perte de sa sœur bien-aimée Odile. "Luttes", les épreuves de la maladie et de la guerre.

Malgré tout ce qui le retenait sur terre, sa femme, ses trois enfants, sa musique, Jehan était prêt au don de soi-même et de sa vie. Jusqu'à la dernière minute, par amour de la France et de la lutte, Jehan a refusé de se rendre. Et s'il avait réussi à échapper à l'ennemi ce jour de juin 1940, il aurait fallu un miracle pour qu'il traverse la guerre sans être touché. On l'imagine volontiers prisonnier essayant de s'enfuir à tout prix, membre actif de la Résistance ou alors soldat des forces françaises libres, mais mal attendre "tranquillement" la fin de la guerre en essayant avant tout de survivre.

Jehan Alain disait : "Mon but serait atteint, et ce serait pour moi une très grande joie si l'un de vous lecteurs, se retrouvait lui-même tout à coup dans l'une de ces lignes." Mon but à moi serait atteint si l'un de vous internautes s'attachait un peu plus à Jehan et à sa musique à travers ce site.

© 2002 Benjamin Viaud
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