Historique

Première Partie

Les origines

En 1890, la voix des chantres était soutenue par un harmonium poussif qui s'apprêtait à rendre l'âme. C'est pourquoi, le 13 avril, appuyé par son "Conseil de Fabrique", le curé Halgand, organiste à ses heures, conçut l'audacieux projet de doter l'église de Mésanger d'un orgue à tuyaux.

L'architecte de l'église n'avait pas prévu de place pour ce genre d'instrument. Monsieur Debierre, le célèbre organier nantais vint le constater. Dans une lettre conservée dans les archives, en date du 31 décembre 1890, il envisage de le loger dans le mur, tout au fond de l'abside, entre les deux culs-de-lampe. Une disposition que, semble-t-il, affectionnait notre homme. L'instrument, d'un coût de 5000 à 6000 francs de l'époque, devait trouver sa place au cours de l'année 1892. Cependant son entretien aurait nécessité la création d'un couloir extérieur, ce qui fut refusé par le Maire, Monsieur Guitard et son Conseil Municipal. Ne le regrettons pas !

Huit ans après, le 17 avril 1898, le projet refait surface au cours de la réunion du Conseil de Fabrique. Louis Debierre impose de nouveau ses conditions. Cette fois, on inciserait les murs, de part et d'autre, en arrière des stalles, sur 4 mètres de hauteur et de 1m50 de largeur, et l'on creuserait une cave suffisamment vaste pour y loger l'alimentation en vent (un soufflet de 2m50 sur 1m40). Moyennant quoi, il allait s'adonner à la création d'un orgue "convenable" pour l'église de Mésanger.

En Novembre 1898, tout était en place. Coût de l'opération : entre 10 000 et 10 500 francs. L'inauguration eut lieu, au cours de la Mission, le 25 décembre, lors de la messe de Minuit.

"Orgue à tuyaux 9 jeux - 16 pieds bouchés", c'est ainsi que le définissait son constructeur. Le goût de l'époque voulait qu'il fut à caractère romantique, c'est-à-dire imitant au plus les sonorités de l'orchestre (voir composition originale, ouverture dans une nouvelle fenêtre).

La disposition en deux "niches" ménagées, en partie dans l'épaisseur desmurs, est unique en Pays de Loire. L'organiste se situait face au Maître-Autel qui se dressait alors à la place occupé par la Croix. En arrière, au milieu des stalles, le "souffleur", perché sur ses "pompes", veillait à fournir, par un puisant effort musculaire, le vent nécessaire à la sortie des sons.

L'apple des jeux et l'ouverture des soupapes sont commandés par un astucieux système électro-pneumatique, merveille de la toute récente découverte de la transmission électrique. Le courant de 8 volts était fourni par une batterie de piles en usage dans les Chemins de Fer de l'époque. On la changeait tous les deux ans.

Les deux façades à gâbles et à crochets s'accordent merveilleusement avec le style général de l'église.

Le temps des inventaires

Vinrent les heures pénibles. Dans l'Inventaire des bien gérés par la "Fabrique", en date du 17 décembre 1905, on lit cette brève mention : "Deux orgues à tuyaux". Le "Conseil de Fabrique" tint à la sacristie sa dernière séance légale le 11 décembre 1906. A dater de ce jour, par la volonté de Monsieur Combes, ministre des Cultes, la propriété de l'église et de son mobilier était dévolue à la Commune de Mésanger.

Nouvelle Jeunesse

L'orgue continua correctement sa fonction jusqu'en 1913, époque à laquelle apparurent des "ratés" dans les transmissions électriques. En 1923, on dut procéder à un "relevage" en bonne et due forme : démontage, nettoyage, réparations, réagenture des contacts. Et l'on en profita pour retourner la console afin de ménager une meilleure liaison entres les chantres et organiste, cet orgue étant conçu, avant tout, comme un instrument d'accompagnement.

Travail extrêmement soigné, puisque, plus de 70 ans après, malgré diverses infirmités, il ne présentait aucun cornement.

La facture, quant à elle, provoqua les gémissements du curé Beillevaire et lui fit écrire, à la date du 28 avril 1925 : "Ce genre d'intrument est bon pour les églises riches. Le curé qui se déciderait à la vendre agirait pour lemieux. Pour moi, je n'en ai pas encore le courage, mais je crains que cette opération s'impose un jour". En écrivant ces lignes, il oubliait seulement que la paroisse n'en avait plus la propriété.

Souffle nouveau

Dépoussiéré, remis à neuf - un relevage doit être effectué normalement tous les 25 à 30 ans - l'orgue continua sa carrière. En janvier 1931, les Etablissements Meidinger (Haut-Rhin) fournirent l'actuelle l'actuelle soufflerie électrique. Le rôle du "souffleur" devint inutile, et la plie céda la place à un redresseur de courant qui remplit toujours sa fonction.

Les grandes heures de la musique liturgique

En 1935, la paroisse accueille l'abbé Léon Raimbaud, venant de Saint-Nicolas de Nantes. Le nouveau pasteur éprouva une grande passion pour l'orgue et le chant liturgique. Il était l'auteur d'un petit traité intitulé : "De l'éducation de l'oreille". Bien des personnes se souviennent encore de sa façon de travailler la voix des jeunes chanteuses.

Très vite, il apprécia les sonorités de l'orgue de Mésanger et, à l'expérience, souhaita lui apporter une sensible amélioration. "Cet instrument, écrit-il avec propos, appelle un supplément de jeux pour être plus complet et permettre d'exécuter de la musique ancienne" (voir le projet de l'abbé Raimbaud, ouverture dans une nouvelle fenêtre)

Le "plan de refonte" qu'il a établi en 1952 en accord avec l'organier Joseph Beuchet, successeur de Debierre, est toujours dans les archives et figure sur ce site (. L'auteur regrette de n'avoir pu en connaître la réalisation et termine en ces termes : "Puisse-t-il servir dans l'avenir, c'est mon meilleur souhait !"

Deuxième partie

De neuf à onze jeux

Le chanoine Hauraix qui lui succéda en 1958 ne partageait pas les goûts de son prédécesseur, mais - héritage oblige ! - en 1969, il s'aboucha avec Joseph Beuchet pour revoir la question. Le nouveau projet, moins ambitieux que celui de l'abbé Raimbaud, s'en inspirait fortement, tout en portant une grave atteinte aux sonorités d'origine (voir le projet de Joseph Beuchet, ouverture dans une nouvelle fenêtre).

En 1972 fut mise en oeuvre l'une des bonnes idées de l'abbé Raimbaud : isoler les sons graves du bourdon de 16 et leur donner la possibilité de chanter au pédalier sur trois niveaux. Malheureusement, à la place laissée libre sur le sommier, Joseph Beuchet disposa une batterie de tuyaux de sonorité aiguë qui, de l'avis général ne s'accordent pas avec l'ensemble (voir la réalisation de Joseph Beuchet, ouverture dans une nouvelle fenêtre). L'événement, cependant, fut salué par une série de cinq concerts organisé par l'abbé Jean Voleau, enfant de la paroisse.

Crépuscule

Dans les années 1980, le robuste vieillard commença à donner quelques soucis à l'abbé Joseph Dugast, lui aussi grand ami de lo'rgue. En témoigne un devis succinct de dépoussiérage sans doute trop insuffisante pour y donner suite.

Troisième partie

Perspective

En 1980, à l'occasion de l'Année du Patrimoine, le Ministère de la Culture lançait une vaste opération de recensement des orgues. Dans les temps qui suivirent, la presse fit état des restaurations prestigieuses, largement subventionnées. Dans les Pays de Loire, comme dans toute la France, une enquête fut lancée sur toutes les communes possédant un instrument à tuyaux, ce qui souleva la pousière des archives. Il en est sorti à l'époque deux ouvrages publiés par l'ARCAMC (Association Régionale de Coordination des Activités Musicales et Choragraphique : "orgues en pays de Loire" , le second tome étant consacré au Département de la Loire-Atlantique.

Dans les mêmes temps naissait la commision Diocésaine des Orgues, suivie de près par la création de la CSPO44 (Association pour la Connaissance, la Sauvegarde et la Promotion des Orgues en Loire-Atlantique).

C'est dans ce climat d'euphorie que l'orgue de Mésanger, en 1990, fut promu "bien assurable" par la Commune, en la 92ème année de son âge, et que deux ans plus tard, le 28 octobre 1992, maire et curé se sont retrouvés dans le choeur de l'église avec le facteur Jean Renaud, chargé depuis des années de l'instrument.

Ce fut le début d'une longue recherche à laquelle participèrent cinq organiers, les Commissions Diocésaines des Orgues et d'Art Sacré et Madame Myriam Turpin, chargée de mission pour les orgues à l'Arcamc et secrétaire de la CPSO.

Cette Association porte un soucis particulire à la restauration et la protection des orgues "Debierre", si répandues en Loire-Atlantique. Dans les projets en cours, elle semble suivre deux principes :

Les proposition concerant Mésanger, que l'on trouve dans le tome 2 "Orgue en Pays de Loire", témoignent de ce double soucis? On y conserve dans leur intégralité les neuf Jeux d'origine, en ajoutant seulement jsute ce qu'il faut pour obtenir des sonorités plus frances et plus brillantes qui favoriseront l'exécution des pièces anciennes et modernes. En examinant le talbeau comparatif, il est intéressant de constater commment ce projet rejoint les réflexions antérieures, notamment celles que mena en son temps le curé Raimbaud.

Quatrième partie

Vers une solution de compromis

Le nouveau curé de Mésanger, Moïse Bugeau, fut le grand coordinateur de la restauration de l'orgue dans les années 1990. Organiste amateur, soucieux d'une certaine qualité musicale et passionné par le projet, il étudia toutes les solutions possibles et imaginables, tant sur la composition des jeux que sur la position de l'orgue dans l'église.

Trois possibilités ont été envisagées tour à tour :

Moïse Bugeau mis au point plusieurs projets de composition qui servirent de base à la restauration (voir le projet de Moïse Bugeau, ouverture dans une nouvelle fenêtre). Les ajouts d'un octavin au Récit au récit et d'un nasard au Grand-Orgue (afin d'avoir un cornet complet) furent conservés. L'ajout d'une montre au Grand-Orgue d'une montre permettrait de créer un semblant de plein-jeu avec le prestant de 4 pieds, la doublette de 2 pieds et les deux jeux de mutations.

La restauration

En 1998, sous l'impulsion de François Collineau de Meezemaker, président de la récente Association des Amis de l'Orgue de Mésanger, le facteur d'orgue Marc Heddelin fut choisi pour restaurer l'orgue de Mésanger avec l'appui financier de la commune et de la région.

Cette restauration fut le fruit collectif d'une dizaine d'années de travail, de réflexions et de démarches administratives et marqua le centenaire de l'instrument. Les travaux furent terminés en 1999 et furent salués par un concert d'inauguration en juin 1999 donné par les organistes de Mésanger et Félix Moreau, titulaire des Grandes-Orgues de la cathédrale de Nantes.

Lors de cette restauration, il fut décidé de laisser l'orgue dans le choeur de l'église sans rien changer à sa disposition. On supprima les deux jeux ajoutés par Beuchet en 1972 (la Tierce et la Doublette du Grand-Orgue) aux sonorités criardes totalement étrangères à l'esthétique de l'instrument. Mais on garda toujours à l'esprit le souhait de donner à l'orgue des sonorités pluis classiques que romantiques afin d'éclaircir sa palette sonore et d'élargir son répertoire. On procéda ainsi à l'ajout d'un plein-jeu (d'allure plutôt romantique que baroque toutefois) et d'une quinte assez douce au Grand-Orgue, ainsi qu'un octavin de 2 pieds au Récit (voir la composition actuelle, ouverture dans une nouvelle fenêtre).

Copyright : Moïse Bugeau